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Vous êtes ici : Quarante-Deux KWS Sommaire du nº 45 Vampires et martyrs

Keep Watching the Skies! nº 45, octobre 2002

Christopher Golden : Vampires et martyrs (Saga des Ombres – 3)

(Of masques and martyrs)

roman fantastique ~ chroniqué par Philippe Paygnard

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Dans Des saints et des ombres, l'Humanité découvre à l'aube du xxie siècle l'existence de la race des vampires. Dans des Anges et des démons, hommes et vampires font une alliance contre nature pour affronter une menace démoniaque qui risque de détruire le monde. Dans Vampires et martyrs, dernier volet de la saga des Ombres, Christopher Golden donne une conclusion énergique aux conflits nés au long des deux romans précédents. Jouant à fond la carte de l'action, il entraîne ainsi Peter Octavian, maître à penser du clan des Ombres, et Hannibal, terrifiant chef de guerre des Vampires, dans un ultime affrontement.

Christopher Golden termine donc sa trilogie vampirique par un roman d'aventure et d'action pure et dure, dans la droite ligne des exploits de Buffy, la tueuse de vampires dont il est un scribe habituel. C'est donc un roman fort classique et un brin décevant que le romancier nous offre là, même s'il parvient presque toujours à rendre sympathiques ou parfois pathétiques les suceurs de sang de sa saga des Ombres.

Les précédents volumes de la série offraient quelques perspectives fort intéressantes que le romancier n'a finalement pas développées dans son ultime volet. Même si Christopher Golden persiste dans l'idée que le pouvoir corrompt tout et tous, il laisse en chemin quelques idées dignes du plus grand intérêt sur les origines des vampires qui avaient fait leur apparition dans les volumes précédents.

Ainsi, le personnage du Nazaréen, que l'on croisait de manière bien éphémère dans des Anges et des démons, permettait à Golden de mêler de manière quelque peu impie les vampires aux origines de la religion catholique. En effet, sans avoir l'air d'y toucher, Christopher Golden laissait croire que le Nazaréen et le plus célèbre crucifié de l'histoire de l'Humanité ne faisaient qu'un. Sa résurrection miraculeuse n'aurait alors été que la non-vie de tout suceur de sang. À ce jeu, les fondations même de la religion catholique reposaient alors sur l'un des plus énormes mensonges de l'Humanité. Cette idée forte du second volet de la saga est définitivement mise de côté par Christopher Golden qui se concentre sur la lutte entre Octavian et Hannibal, entre le Bien et le Mal.

L'Église joue pourtant un rôle important dans la saga des Ombres. C'est elle qui, par un véritable phénomène d'imprégnation, a réussi à imposer certaines limites aux terribles prédateurs que sont les vampires. Elle a ainsi contraint les suceurs de sang à se cacher de la lumière du jour, à ne se métamorphoser qu'en rat, loup ou chauve-souris. Des croyances que les Ombres mirent à bas, devenant plus puissantes que les simples vampires, mais restant toujours bienveillantes envers les simples humains. C'est aussi elle qui, à travers un couvent anciennement consacré, offre un refuge et un havre de paix aux Ombres de Peter Octavian.

Oubliant la quête des origines des deux premiers romans, Golden sort de son chapeau un sérum qui, agissant sur la biologie des vampires, bloque leurs pouvoirs. Ce faisant, il redonne une matérialité à des créatures qui touchaient presque au divin dans le précédent volet de cette saga. Alors que Des Anges et des démons était centré sur le personnage de William F. Cody, alias Buffalo Bill, ce troisième tome redonne le premier rôle à Peter Octavian. Fondateur de la confrérie des Ombres, ces vampires qui ont choisi de vivre en harmonie avec la race humaine, Octavian était prisonnier des Enfers dans le précédent volume. Cette épreuve l'a définitivement transformé. Il a acquis une nouvelle conscience du monde et de son destin, en même temps que de nouvelles aptitudes qui le rendent plus puissant, mais aussi plus humain. Octavian a compris qu'un grand pouvoir entraîne de grandes responsabilités, et il est prêt à prendre tous les risques pour protéger ses amis qu'ils soient Ombres ou humains.

Pourtant, les pouvoirs des vampires attisent bien des convoitises et rares sont ceux qui résistent à la tentation de l'immortalité. Christopher Golden dresse néanmoins, à travers le personnage de George Marcopoulos, le portrait d'un homme qui préfère mener sa vie jusqu'à son terme plutôt que de devenir un monstre suceur de sang. Un homme que les ans ont rendu sage, alors que l'immortalité semble rendre fou certains de leurs possesseurs.

D'autres personnages ont quasiment disparu du casting de Vampires et martyrs. C'est le cas de Bill Galin, le Président des États-Unis, qui offrait pourtant à Christopher Golden la possibilité de mettre en parallèle les vrais prédateurs que sont les vampires de Hannibal et le pur prédateur politique qu'est Galin. Il y avait là un parallèle évident entre la puissance d'un Président des États-Unis et celle des vampires, que Golden avait esquissé dans des Anges et des démons, mais qu'il ne développe pas dans Vampires et martyrs.

En allant jusqu'au bout de ses ambitions, Christopher Golden aurait certainement pu faire de Vampires et martyrs un grand roman de littérature vampirique. Cependant, en plaçant l'action de ce livre au cœur de la Nouvelle-Orléans, Golden prend le risque d'une comparaison avec les œuvres d'Anne Rice ou de Poppy Z. Brite qui ne peut que lui être défavorable. De plus, en s'arrêtant, comme il le fait, au milieu du gué, il nous offre un bon roman d'action qui se laisse lire d'autant mieux que Golden a une parfaite maîtrise de la galerie de personnages qu'il a créée.