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Vous êtes ici : Quarante-Deux KWS Sommaire du nº 59 le Miroir aux éperluettes

Keep Watching the Skies! nº 59, janvier 2008

Sylvie Lainé : le Miroir aux éperluettes

nouvelles de Science-Fiction

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chronique par Noé Gaillard

Pardonnez-moi mesdames ! Je ne sais pas s'il existe une écriture spécifiquement féminine, mais je sais que — pour nous faire attendre vos productions — vous provoquez au moins le désir de vous lire. Quant au plaisir que vous procurez ? Pour ce qui est de Sylvie, au moins, reportez-vous à la préface sensuelle de Jean-Claude Dunyach, et vous comprendrez. (Qui pouvait mieux qu'un sensuel, amateur de plaisirs parler de Sylvie ?) (Pour Joëlle, Élisabeth, Catherine et les autres, les récompenses obtenues ou à venir sont probantes).

Six nouvelles dont une vieille (plus de vingt ans, sans une ride) réunies pour la première fois en volume. Six textes aussi intenses que brefs dont l'écriture rappelle les travaux d'aiguilles. On regrettera le prix Alain-Dorémieux dont Sylvie fut la dernière lauréate. Imaginaires sans frontières, “annexe” de Galaxies, se chargeait d'imprimer le recueil du lauréat, mais le dernier paru fut celui de Jean-Jacques Girardot, primé juste avant Sylvie Lainé.

"La Bulle d'Euze", écrite à la première personne du singulier met en scène un homme et une femme qui cherche à rejoindre son amour par le biais de bulles (imaginées par un scientifique). L'art de la communication qui lie les humains s'y résume à nos cinq sens, insidieusement mis en œuvre, sans que nous y prenions garde.

"La Mirotte" imagine un appareil qui permettrait à des aveugles de recouvrer la vue et présente un mélange visuel d'interne et d'intérieur assez troublant. C'est aussi, pour moi, le texte le plus violent du recueil. Une violence sadique, vengeresse qui est peut-être celle de l'infirme devant le compatissant imbécile ou culpabilisé…

"Thérapie douce" traite d'une expérience qui doit mesurer les effets d'un produit censé faire disparaître l'agressivité des rapports humains. Le JE du narrateur est cette fois féminin et pourtant j'ai l'impression que ce qu'elle décrit je l'ai connu et le connaît. Elle aussi fonctionne sur ce qu'elle imagine, s'imagine et s'organise avec la réalité.

"Question de mode" — dont on peut se demander pourquoi elle est restée vingt-deux ans dans des tiroirs — rappellera sans doute quelque adolescence et cette violence faite à nous-même que nous impose le regard des autres (un bon texte pour classe de 5e ou 4e ?)

"Un Rêve d'herbe" ou pour moi : la connaissance/connivence de l'Arbre. Ici le choix d'un cerisier comme arbre protecteur de l'aimé et de ses enfants semble une douce écorchure au tronc de la Commune et un brin nostalgique. Facile et agréable d'entrer en connivence avec le personnage, de communiquer avec lui.

Enfin, "un Signe de Setty" (prix Rosny aîné 2003). Où l'audace d'être soi se résume à communiquer avec l'autre. Dans un monde où les êtres vivent dans leur “ptimonde” la communication grâce à la Toile se fait mieux vers les trois heures du matin. On peut même parler de son angoisse existentielle sans crainte et parvenir à imaginer des extraterrestres dignes de vous emporter chez eux, virtuellement ou non. Peut-on résumer par : la communication c'est l'audace ?

Oui, j'ai entendu ceux qui n'ont pas compris le titre. Étrange titre qui ne renvoie à “rien” du contenu, sinon au contenu en rappelant les miroirs aux alouettes, ses pièges humains qui nous figent tels la gorgone, comme si l'on devenait trop ressemblant, é(b)perlué de ressemblance et de désir. Un bon moteur des sens…

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