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KWS nº 31-32, mai 1999

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le Clan du Grand Crâne
roman de Science-Fiction
D. MORLOK [Serge Brussolo]
Denoël, collection "Présence du futur/Fantasy", nº 594, septembre 1998, 187 p., cat. * (25 FRF).
Grand Crâne — 1

Compte rendu de lecture : Noé Gaillard & Pascal J. Thomàs

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Si nous admettons que je ne sais pas qui est ce D. Morlok — j'aurais préféré ne pas le savoir — j'aurais préféré qu'il ne secoue pas ainsi les cendres des ancêtres et cesse de nous prendre pour des crétins (néandertaliens ? Mais peut-être est-ce du second degré ! J'en doute).

La quatrième de couverture annonce que nous sommes dans la tradition d'Edgar Rice Burroughs. C'est sans doute pour éviter de citer, pêle-mêle : Pierre Boulle (la Planète des singes), Stefan Wul (Niourk), Jean de La fontaine revisité par H. G. Wells (des animaux qui parlent — l'Île du Dr Moreau [1]), J.-H. Rosny aîné (le Félin géant), Theodore Sturgeon (les Plus qu'humains), Jean Lartéguy (les Bérets verts), Kitty Doom (le rôle des vêtements) et Serge Brussolo (le chapeau melon de pierre et un sens particulier de la sexualité), j'en oublie sans doute. Il est vrai qu'une telle liste aurait eu de quoi effrayer l'acheteur. Je suis sûr, pardon j'espère, que le lecteur piégé aura laissé tombé le livre avant la page 57, où le renard dit : « D'ailleurs, dans le mot humain, n'y a-t-il pas déjà le mot main ? » (Et il est censé être intelligent !) ou avant la page 129 où une jeune mutante dit : « la connaissance est une drogue dure, tu l'apprendras peu à peu ». Dans le genre image on vire côté Son Altesse S… Malko. Côté beau linge (!) on peut faire mieux.

Vous avez compris, je crois, que cette histoire de Clan du Grand Crâne qui mêle la punition infligée par les… hommes à la planète Güstar, les surveillants, les punis, les mutants et les animaux parlants et comploteurs est écrite à l'emporte-pièce — un peu comme si dès votre arrivée au bureau votre chef de service vous avait commandé un bouquin pour avant-hier.

Imaginons un instant que la publication de la suite soit tributaire de la vente du premier volume : quel soulagement si l'on ne nous infligeait pas [2] la suite ! Mais je crains que l'auteur…

Noé Gaillard

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Une seconde opinion…

Allez, enlève ton faux-nez Brubru, on t'a tout de suite reconnu ! Dès la deuxième page, on dérape dans l'imparfait de répétition, du temps imprécis des souvenirs vagues et des légendes, et quoi de plus brussolien que cela, surtout quand on sait qui était à l'époque directeur de la collection "Présence du futur" (déjà démissionnaire quand le livre est sorti, mais bon !). Les premières pages du livre sont un florilège de stupidité tellement crasse qu'on a envie de les citer en intégralité. C'est trop drôle. « Toi, Morgo, l'autre nuit, j'ai bien vu que tu ne savais même plus comment t'y prendre pour copuler avec ta femme. Elle a dû t'aider… et pourtant nous savons tous que les femelles ont encore moins de cervelle que les mâles ». Ces propos, naturellement, sont placés dans la bouche d'un crétin patenté, chef de clan poilu et baraqué.

Ce qui ne reste pas drôle longtemps, c'est la façon dont Brussolo insulte l'intelligence, non seulement de nos ancêtres préhistoriques (il esquisse même à un moment une corrélation entre pilosité et perte d'intelligence !), mais aussi de son lectorat, qu'il a ici supposé jeune (le prix du livre, les remarques faites à certains auteurs quand on leur refusait leurs ouvrages), et assez crétin pour prendre de la S.-F. pour de la fantasy, à condition qu'on s'y estourbisse à coups de gourdin. Plus le livre avance, plus il relève d'une S.-F. pure (mais singulièrement peu réfléchie), et fantasmatique, comme celle dans laquelle Brussolo peut exceller. Il y a même sur la fin des scènes surréalistes de batailles rangées de robots qui peuvent valoir le détour. Si on est suffisamment pervers, ou suffisamment fasciné par l'univers littéraire indubitablement unique de Serge Brussolo, même quand il commet une œuvre de commande. Rendons-lui cette justice que la commande a probablement été passée par lui-même, et qu'il a pondu cette horreur sans doute dans l'idée que cela profiterait au redressement commercial de l'éditeur qui l'employait : car je suis sûr qu'il aurait gagné plus d'argent en écrivant une quantité équivalente de pages sous son propre nom, qui conditionne la loyauté d'un important lectorat.

Pascal J. Thomàs

[1] Et la Machine à voyager dans le temps et ses Morlocks, donc ! — NdlR.

[2] Depuis, malheureusement, la suite est parue (deux volumes : les Guerriers du Grand Crâne, PdF 595 ; les Dieux du Grand Crâne, PdF 599) — NdlR.

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Document : Quarante-Deux/Keep Watching the Skies! nº 31-32, mai 1999/Compte rendu de : le Clan du Grand Crâne
Création : mardi 1er juin 1999
Dernière modification : lundi 5 janvier 2004